INTERVIEW DE LA FONDATRICE

 
 

Le beurre de karité reste un produit typiquement africain. A l’instar des pays classés au premier rang de sa production, la Côte d’Ivoire pourrait bien leur emboîter le pas grâce à l’initiative louable de personnes d’exception comme madame DARE OUATTARA.
Enseignante de profession en France, Directrice Générale de la société BOUNABIO et présidente fondatrice de l’association ACDE on découvre son entreprise de production de cette matière noble à l’international.

Lollya : Qui est Madame Diénéba Daré Ouattara ?

D. DARE OUATTARA : Avant toute chose, je voudrais remercier pour leurs soutiens et encouragements;
Messieurs:  I. OUATTARA, F. BAILLON et S. CISSE
Mesdames:  A. PALENFO, A. BEMA, R. DESBAUX, V. BAILLIET, E.HAMMOND et M. MASENGU
Imprimerie ALPHA OMEGA : Christian, Celia et Juanita


Je suis la présidente fondatrice de l’A.C.D.E., c'est à dire de l’Association pour la Coopération et le Développement Economique qui a été créée en 2007. C’est une association de développement concentrée d'abord sur le département du Bunkani. L’objectif était d’aider la population à travers des projets socio-économiques.
Depuis sa création, l'association a initié plusieurs activités telles que l’envoi de manuels scolaires, d’encyclopédies, l’animation d’ateliers hebdomadaires pour faire connaître Bouna, le parc de la Comoé et l’initiation d’un jumelage entre le lycée de Bouna et un collège à Paris.

L : Comment est née BOUNABIO ?

D : L’histoire de BOUNABIO est liée à celle de l’ACDE. A travers les différentes actions de l’association, et avec l’autorisation de la coopérative de l’école, nous avons décidé de tenir un stand pour présenter BOUNA aux personnes qui nous aidaient dans nos actions. J’ai appelé ce stand LE MARCHE DE BOUNA et j’y ai exposé les produits de Bouna parmi lesquels figuraient l’igname, le maïs et le beurre de karité.
En fait je nourrissais le désir de trouver un canal de distribution du beurre de karité à l’extérieur pour mieux le vendre. Je savais qu'on utilise le beurre dans l’industrie cosmétique et j'ai fait le rapprochement avec le karité produit par Bouna. Le fait que je vive en Europe, en outre, m'a permis de saisir cette opportunité et d'aider ces dames à écouler leur production.

L : pourquoi le karité ?

D : C’est une matière en or dont la valeur reste largement insoupçonnée, bien plus riche par exemple que l’huile d’argan. Quand on s'intéresse aux grandes entreprises cosmétiques, on s'aperçoit que beaucoup de leurs produits contiennent du beurre de karité. On peut se référer, pour illustrer cet intérêt des firmes occidentales au karité. Aux dernières journées internationales du karité, à Ouagadougou, les 23-25 mars 2015, où la plupart des intervenants étaient des Occidentaux, on peut même dire, paradoxalement, qu'ils parlent du karité d'une manière plus élogieuse que nous.
Ils ont effectué des recherches sur l’arbre de karité, la production, la transformation, comment obtenir un meilleur produit etc…
C’est vous dire l’importance du beurre de karité dans l’industrie cosmétique.

L : Quand et pourquoi BOUNABIO a-t-elle été créée ?

D : Pendant la journée porte ouverte, certains visiteurs voyaient pour la première fois du vrai beurre de karité. Ils l'ont d'autant plus apprécié qu'ils ont pris conscience que le beurre de karité est un bon hydratant. Le karité a eu un tel succès que la coopérative de l’école s'est empressée d'en commander à la fin de cette journée porte ouverte, sur la demande des parents d’élèves et de mes collègues. Je n’avais pas le droit de le vendre directement n’ayant pas une entreprise légalement constituée.
En 2010, j’ai commencé à rajouter des fragrances en faisant des tests…

L : Parlez-nous de BOUNABIO.

D : BOUNABIO est une gamme de cosmétiques à base de beurre de karité pur non raffiné avec des fragrances naturelles et bio.
Le beurre de karité utilisé pour la gamme BOUNABIO est non raffiné, il conserve ainsi toutes ses vertus.
Les fragrances utilisées sont naturelles et bio. N'étant pas des parfums, elles ne contiennent pas d’alcool et il n'y a aucun risque d’allergie.
Nous proposons différentes gammes : Santal pour les hommes, les gammes bébés, les gammes cheveux, la fleur de Tiaré, la fleur de Coton etc…
Nous proposons aussi la gamme prestige pour le visage.

Bouna ici fait référence à mon département " BIYÔ ", terme koulango qui veut dire 'jeunes enfants', pour rendre hommage à la jeunesse de Bouna ; il signifie également bio parce que les fragrances utilisées sont effectivement bio.
Après la déclaration d’existence, j’ai commencé à exposer grâce aux comités d’entreprises.
Je me tournais ensuite vers les instituts de beauté et les magasins spécialisés, c’est-à-dire les paras et maisons de diététique, parce que je savais que leur clientèle est à la recherche de produits naturels et purs.
Vient ensuite l’étape la plus importante : la présence de BOUNABIO dans les pharmacies en France.
Après ces différentes phases qui étaient surtout axées sur la communication, nous entamons maintenant celle du développement de l’activité.
C’est la phase la plus fastidieuse ; BOUNABIO a pour ambition d’être présent aux USA, au Canada, en Europe et bien sûr en Asie.
Ne dit-on pas que le beurre de karité est un cosmétique soignant? Depuis la nuit des temps, nos mamans l’ont toujours utilisé car il fait partie de la pharmacopée africaine. Le beurre de karité a de multiples fonctions.
C’est le remède idéal pour lutter contre les vergetures et les eczémas, pour soigner un furoncle ou une entorse. Le beurre de karité hydrate, cicatrise, régénère la peau, nourrit les cheveux.

L : Cette odeur du karité.

D : Le karité a une odeur naturelle qui s’estompe au bout de cinq minutes ; si elle persiste, malgré tout, la raison de cette persistance se trouve dans l’origine du ramassage, du stockage et du conditionnement s’il n’y a pas eu de mélange.

L : Quels sont les prérequis pour obtenir un bon beurre de karité ?

D : Au niveau du ramassage des amandes, ne garder que les fruits bien mûres et en bon état ; bien les sécher et bien aérer. Il faut éviter l’oxydation. C’est un travail de longue haleine qui requiert de bien former tous les intervenants.
Le ministère de l’agriculture se montre réceptif et prêt à collaborer. Une organisation de la filière karité verra bientôt le jour. Cette organisation que nous attendons tous permettra à chaque membre de la coopérative de se prendre en charge. Il permettra à chacun de satisfaire ses besoins quotidiens et dépasser ce stade dans un second temps. Produire en grande quantité, tout en respectant les normes internationales, apportera plus de profit et plus de bien-être à la communauté.

L : Un dernier mot à nos lectrices

D : L’entrepreneuriat nous amène à créer quelque chose qu'on partage ensuite avec les autres en établissant un partenariat ; c'est ainsi que je qualifie la relation qui s'est instituée entre les femmes de la coopérative et moi.
Il faut être d’abord être motivé par l’esprit d’aider les autres. Je me souviens qu’en 1988, j’étais membre de la jeune chambre économique de Côte d’Ivoire et membre de l’OLM Abidjan. J’étais très souvent membre de la commission action communautaire.
J’ai toujours été motivée par les actions communautaires. Je ne peux m'épanouir qu’en me mettant au service des autres.
Par ailleurs, quand on aide une femme, on aide toute une famille et toute la communauté.
C’est sans doute une vocation qu'on doit ressentir fortement pour être sûre de réussir dans cette voie.

Réalisée à Abidjan, Mars 2015 par Marie Rolande Alexise, journaliste